Par curiosité, comment se passe l’hiver à Pantelleria ?
De nombreux estivants nous posent souvent la question. Enivrés par la lumière de l’été, les couchers de soleil, la profondeur transparente de la mer et la force du volcan, rassasiés par la saveur âpre des câpres, des courgettes et du passito de Pantelleria frais, ils ont du mal à imaginer que l’île soit différente et se demandent comment se passe l’hiver quand les touristes ont quitté l’île.
Passer l’hiver à Pantelleria c’est faire l’expérience de la lenteur et de la nonchalance, c’est endurer la Matticata cette tempête hivernale redoutable, mais c’est aussi, par contraste, danser et faire la fête.
La lenteur, c’est le temps qui s’arrête, qui pondère la frénésie de la vie, qui se calme, se repose et fait une pause.
La lenteur c’est accepter de prendre le temps de faire des rencontres imprévues, de s’assoir pour des discussions sans fin, de s’attabler pour des longs apéritifs et dîners entre amis.
La lenteur, c’est le temps où l’île se fige pour se concentrer sur le récit de faits anodins. Ces récits où le féerique et le réel vont de pair et où les faits racontés, même s’ils ne sont pas toujours avérés, distraient et amusent.
Par contraste avec cette lenteur figée, la danse annonce le mouvement, la vie tourbillonnante, car on danse beaucoup à Pantelleria. C’est une institution. Chaque contrada possède son propre club de bal et son jour de la semaine où l’on dansera de janvier à mars, depuis la fête de l’Épiphanie jusqu’au Mardi Gras. Les nuits sans fin sont ponctuées par le rythme des valses, des polkas, et des mazurkas.
Tout le monde danse, les adultes, les jeunes, les personnes âgées et les enfants.
Chaque club de bal possède ses propres membres, ses membres fondateurs, ses nouveaux membres, les familles des membres et même quelques invités du soir.
Chacun apporte quelque chose à manger, du bon vin, des gâteaux, des sandwichs, car à un moment donné, il faudra bien reprendre des forces pour danser jusqu’au bout de la nuit. Puis, aux premières lueurs de l’aube peut-être pour atténuer les effets du vin de Pantelleria dans les veines de chacun, il faudra dévorer à nouveau tous ensemble.
Ces bals permettent aux plus jeunes de se faire la cour, aux plus anciens de sourire avec nostalgie en songeant au temps qui passe, à certains couples de se retrouver et se sentir vivants à nouveau.
La danse offre la légèreté, l’amusement et l’insouciance nécessaires pour faire face au poids des difficultés de la journée.
Quand on quitte cette joyeuse compagnie, on se sent plus léger et plus heureux.
Vous ne trouverez pas un seul habitant de l’île qui ne sache danser ou battre du pied au rythme de la grosse caisse.
A l’approche des jours du Carnaval, chaque club de bal prescrit un thème à ses membres. Il faut alors voir la richesse des déguisements et des masques, entendre la variété des accompagnement musicaux et admirer la diversité des chorégraphies des farandoles endiablées. L’effervescence soudaine couplée aux talents des metteurs en scène, des chorégraphes, et des habiles costumières, font de l’île un immense théâtre à ciel ouvert. Le Carnaval à Pantelleria vaut la peine d’être vécu.
Quand la nuit cède enfin le pas au jour, les festivaliers se retrouvent dans l’ambiance joyeuse de la piazza principale de Pantelleria.
Mais parfois il arrive que se lève la « Matticata » cette tempête terrible qui annule tout départ de bateaux ou d’avions ; il ne vous reste alors qu’à attendre et prendre votre mal en patience, car vous ne pourrez pas quitter l’île et serez condamné à profiter de l’hiver.



